Mermaid

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(Mer du Nord, 8 août 2013)

Il les avait vues de jour. Des rangées et rangées d’éoliennes. À perte de vue. La mer étant exceptionnellement calme, pas une ne bougeait. La douce lumière du crépuscule donnait à cet instant une consistance particulière : parfum de fin du monde ou heureuse parenthèse dans l’agitation industrielle du monde.

Éolienne. Il savait que ce nom venait du dieu Éole, le dieu grec du vent. Peut-être cette antique divinité veillait-elle sur ces étendues de haute technologie. Et si l’homme avait retissé ses liens avec la nature ?

*

Il ne parvenait pas à dormir. Tout le bateau semblait plongé dans un profond sommeil, à commencer par ses parents et sa sa petite soeur dont le souffle régulier n’était interrompu que par les soubresauts de rêves mystérieux.

Il s’ennuyait.

Il savait que ses parents n’auraient jamais accepté qu’il se promène seul, la nuit, dans le bateau. Mais pourquoi le sauraient-ils ? Il sortit de la cabine et remonta sans bruit les longs couloirs à la moquette rèche. Il avait attrapé un pull mais n’avait pas osé fouiller dans l’empilement des chaussures qui encombraient un coin de la cabine. Il sentait sous ses pieds le contact rugueux du sol.

Puis un froid humide. Il était sorti sur le pont. Le vent était doux mais le sol était froid. Il frissonna et leva les les yeux vers le spectacle qui se déroulait devant lui.

Elle était immense, beaucoup plus grande, ou beaucoup plus proche, que toutes celles qu’il avait vues jusqu’alors. Une lumière clignotait en son centre. Elle semblait le porte-étendard d’une armée de ses semblables, toujours immobiles mais prêtes à entrer en campagne dès que le vent les y autoriserait. Il sourit. Il savait qu’il garderait de cet instant précis un inoubliable souvenir. Il s’apprêtait à le ranger dans sa boîte à trésors, celle qu’il rouvrirait aux jours gris de l’hiver, aux temps morts d’une salle de classe ou d’un trajet de bus.

C’est alors qu’il la vit. D’abord il n’y crut pas. Il décida qu’il était victime de mirages et qu’il était temps de retrouver la chaleur de la cabine. Mais elle semblait bien réelle. Son épaisse natte rousse était si longue qu’elle se perdait dans l’éclat de feu de sa queue de poisson. Il n’avait jamais rien vu de plus beau. Pour cette raison même, ce ne pouvait être un fruit de son imagniation. Il savait qu’il n’avait pas en lui une beauté aussi incommensurable. Elle le regarda et lui sourit. Il sut en cet instant que, si elle lui faisait signe de la suivre, il se jetterait à l’eau sans hésitation. Mais ce n’est pas à lui qu’elle fit signe. Elle se tourna vers l’éolienne et, d’un geste de la main, réveilla le dieu qui dormait. L’une après l’autre, les éoliennes se mirent à tourner, d’abord doucement, puis de plus en plus vite. Il se rendit compte alors que le bateau commençait à tanguer et qu’il était plus que temps de rentrer.

*

– Sacrée tempête, cette nuit !

– Une tempête, quelle tempête ? répondit son père. La mer est d’huile et, crois-moi, je me serais rendu compte si la nuit avait été mauvaise ! J’ai à peine fermé l’oeil.

Léo ne répondit pas. Il savait bien lui, que la tempête avait fait rage… et que son père avait dormi sur ses deux oreilles !

Quelques temps plus tard, il consulta un livre sur les éoliennes de mer du Nord.Il aurait voulu savoir où vivait la sirène de ses rêves. Étrangement, aucune éolienne ne semblait suffisemment éloignée des côtes pour avoir croisé son chemin cette nuit là…

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